PASSAGES DU SPECTACLE

RÉCAP DE LA RANDONNÉE

MON PÈRE

Dans un spectacle précédent, j’écrivais une lettre à ma mère disparue, enfin plus précisément j’imaginais un courrier qu’elle m’écrivait depuis l’au delà pour me raconter que tout va bien que je lui manque beaucoup mais qu’elle m’attend pas de sitôt pour autant. 

La leçon que j’ai tiré de cet exercice c’est que c’était un moment agréable et magnifique de communion, et que tous les soirs ou je jouais je pouvais penser à elle, lui rendre hommage, et que ça c’était génial. Mais bon, souvent je me disais que je regrettais qu’elle n’ait pas été là pour voir ça, entendre ça, ressentir ça. 

Et ce qui est marrant que c’est seulement 4 ans plus tard que j’ai compris l’essentiel de la leçon qu’il fallait tirer de ça, à savoir que qu’avant tout il faut dire aux gens qu’on les aime ça ok, mais tant qu’ils sont vivant c’est encore mieux. 

Et donc c’est seulement 4 ans après que je vais corriger le tir en vous parlant de mon père. 

 

Mon père est un homme d’une rare singularité, de ceux qui n’ont besoin de bijou ni de parfum pour obtenir ce que beaucoup n’auront jamais : de l’élégance. 

Mon père lorsqu’il débat, choisit toujours de parler en dernier, comme ça il jauge vos arguments, il les sous pèse, puis il vous offre une vision tout à fait décalée de la problématique, parfois calmement parfois non. 

Mon père vous parlera si vous lui parlez, mais il n’a pas de problème avec le silence, 

Il aime les taiseux, les timides, ceux qui se sacrifient, les oubliés de la grande mascarade des récompenses. 

Il aime les fougueux, les fous tout court, les colériques, ceux qui se trompent mais qui essaient, les hommes qui sont ce qui peuvent comme dit Souchon, et bien sur il a une passion pour Souchon. 

Mon père a été marié toute sa vie, et puis un jour elle est morte et avec elle un peu de lui surement, et puis il est rené je veux dire né à nouveau, affranchi de ses ambitions, en paix avec ses rêves, prêt à vivre le moment. Il est devenu vieux. 

Et vieux c’est pas un mot moche, vieux c’est pas diminué. Vieux c’est ça, une façon plus apaisé de voir le monde, détesté de ce sentiment dévorant qui consiste à vouloir le conquérir. 

Lorsqu’il était seul, après la mort de ma mère, il disait souvent que la solitude c’était sous coté. Que l’on dit se sentir seul, pour dire se sentir mal mais il y a des moments magnifique de solitude, et à contrario des moments difficiles parfois à être accompagné. 

On peut dire « je me sens seul en ce moment »,  et on comprend que ça va pas top 

Mais personne ne dit jamais « je me sens en couple en ce moment », alors que parfois on se sent très en couple. 

Malgré tout je voyais moi, que toute cette solitude n’était pas toujours facile à apprivoiser. 

Mais c’était l’aube d’une nouvelle vie, les nouvelles vies commencent souvent par de la solitude. 

 

Une petite anecdote, qui n’a rien à voir, qui n’a aucun lien, mais que j’ai envie de vous raconter. 

Au préalable il faut que je vous dise que chez mon père, le parking se trouve assez loin de la maison, donc pour les courses et tout, on a l’habitude de se donner des coups de main, de monter au parking et d’aider décharger. 

C’était l’été on était tous là en famille, et mon beau frère a cassé le micro ondes, enfin lui il pense qu’il l’a pas cassé mais nous on pense tous qu’il l’a cassé. Du coup sympa, mon père en rachète un. Mais comme il se trouvait déjà super sympa d’en avoir racheté un alors que c’est pas lui qui l’a cassé, il l’a laissé au parking dans la voiture, en attendant qu’un de nous aille le chercher.

Mais plusieurs jours sont passés je crois sans que personne n’aille chercher ce micro ondes.

Et un soir énorme dispute de famille entre mes sœurs et moi, mon père était pas là. 

Mais vraiment les grosses embrouilles familiales ou tu cries, tu pleures, et tout ça avec les enfants qui mangeaient à table sans un bruit attendant probablement que l’orage passe. 

Et y’a parfois des silences comme ça au milieu de la tempête.

C’est dans un de ces silences que mon père est arrivé, le micro ondes dans les bras, et super remonté d’avoir du le descendre, il passe la porte d’entrée et direct il dit 

«  ça fait trois jours que je vous demande de descendre le micro ondes du parking, c’est quand même pas la mer à boire, j’ai 70 ans, et c’est moi qui le descend, alors que déjà j’ai eu la gentillesse de l’avoir remplacé alors que c’est pas moi qui l’ai cassé, non là vraiment vous exagérez » 

Et il nous regarde enfin, avec nos visages rougis de larme, en triangle debout , dans une atmosphère qui pue le règlement de compte et il dit « mais c’est pas grave »